Ahimsa : non-violence et véganisme

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Cet article ne sera peut-être pas le plus lu, ni le mieux compris, mais je voulais m’exprimer sur un sujet qui me fait, c’est selon, bondir ou pleurer. Un sujet quelque peu polémique d’ailleurs : les derniers vandalismes de boucheries par des militants véganes. On aura certainement vu plus glamour et léger par ici, mais je ne me retrouve dans le discours ni des uns ni des autres. Alors je me suis dit que j’allais courageusement prendre la plume.

Courageusement parce que ce débat n’est finalement qu’une boule de nerfs et d’affect et qu’il touche à la sensibilité et aux croyances de chacun. Confronter des croyances – les exemples à travers l’Histoire sont nombreux – a rarement été réglé sans bain de sang. Or vous verrez que je n’ai jamais eu grand appétit pour les bains de sang

Il y a peu de temps, j’ai appris l’existence d’un mot qui, je crois, pourrait éclairer ce débat : Ahimsa. C’est un terme sanskrit, une vieille langue indo-européenne beaucoup utilisée dans les textes de philosophie indienne ou bouddhique. Il signifie à la fois « bienveillance », « non violence » et « respect de la vie ». Un bien joli mot que celui-ci…

Respect de la vie

Ahimsa implique le respect de la vie au sens large, pas celui qui se limite au respect de la vie humaine. Le respect de la vie animale est au cœur de la philosophie indienne. Je ne sais pas ce que cela évoque pour vous, mais moi j’assimile ce « respect de la vie animale » à différentes choses.

La première serait de ne pas considérer qu’un animal est une ressource dont on peut tirer profit. Manger un animal n’est pas lui témoigner son respect. Je sais bien que la dissonance cognitive fait des ravages, mais quand même ! La seconde serait de ne pas infliger de souffrances à un animal ou lui imposer des conditions de vie et de mort déplorables. Les chaînes, l’absence de lumière du jour, les convois vers l’abattoir dans des « camions à bestiaux », la séparation des mères et de leur progéniture dès la mise bas, les coups, les mutilations, et j’en passe.

On ne compte plus aujourd’hui le nombre d’études scientifiques démontrant la sensibilité des animaux (à part certains mollusques pour lesquels, il me semble, la question est encore en suspens). Par sensibilité, j’entends, entre autres, la joie de vivre, l’amour, la douleur et la peur de mourir. On appelle les animaux, comme les hommes, des êtres sentients. Ce qui leur arrive leur importe.

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L’industrie de la viande s’assoit un peu sur Ahimsa. Mais si industrie et philosophie rimaient, ça se saurait pas vrai ? Combien de vidéos d’exploitations animales (mais quel beau champ lexical) ou d’abattoirs faudra-t-il ? De mères hurlant des heures pour pleurer leur veau ? D’animaux se débattant jusqu’à la dernière seconde ? D’animaux battus sans vergogne par des fermiers le diable au corps ?

C’est déplaisant, hein ? C’est douloureux, même si la conscience trouve souvent rapidement des pansements : c’est pas comme ça chez le fermier du coin, il aime ses bêtes, ça entretient les paysages, on a toujours mangé de la viande, et puis c’est tellement bon…

Je sais que c’est plus facile de laisser les pansements, je suis passée par là. Pour être honnête d’ailleurs, les enlever fait très mal (mais ça guérit tellement mieux).

Bienveillance

Ceux qui se revendiquent végétariens ou véganes aujourd’hui sont en très grande majorité des gens qui ont commencé par manger de la viande par habitude et par culture. Ce sont des gens qui ont fait le choix conscient de ne pas manger de viande. Pas pour eux, non. Pour les animaux. Ces êtres vivants pour qui l’alphabet, les lois, les préjudices et les dépôts de plainte ne veulent rien dire.

Alors je comprends la véhémence. Parfois, en secret, je la partage. Parce que c’est terrible ce qui se passe. C’est honteux, même. Et on profite de croyances et d’œillères bien installées pour ne rien voir, tout oublier, et recommencer. Et ne rien changer. On en profite pour croire que la viande du boucher n’implique pas de souffrance animale. Voire même que le simple fait qu’un agriculteur aime ses bêtes implique qu’elles ont apprécié leur séjour à l’abattoir. On refuse de regarder les images, on refuse de lire les études, on refuse de savoir ce qui se passe vraiment. On oublie que le morceau de canard qui sent tellement bon dans notre assiette était un canard fringant et bien vivant avant ça, et qu’il a sûrement fermé les yeux avant qu’on lui tranche le cou.

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Alors, croyez-moi, ça prend aux tripes. Je pleure parfois et ma voix flanche souvent face à des discours trop étroits. Parce que j’ai été là. J’ai été là moi aussi avec mes œillères ! Moi aussi j’ai tourné en ridicule les végétariens, moi aussi j’ai considéré que le foie gras de ma maman était le meilleur mets sur Terre. Mais j’ai appris, j’ai lu. Et j’ai changé d’avis et de façon de consommer. J’ai envie, moi aussi, parfois, de secouer mon interlocuteur pour qu’il se rende compte de son manque de recherche sur le sujet et qu’il constate le fabuleux phénomène de dissonance cognitive qui s’opère sur lui et le protège de ses contradictions.

C’est comme quand le prof élève la voix et trépigne du pied parce que la solution est évidente et que vous ne la voyez pas (a fortiori si elle implique l’exploitation de milliards d’êtres vivants chaque année). Le prof est lui aussi passé par là, mais aujourd’hui ça lui semble facile. Il a toute la connaissance aujourd’hui pour résoudre le problème, toutes les clés en main. Mais il ne devrait pas oublier qu’à un moment, ça a été brumeux pour lui aussi. Voire même qu’il s’entêtait à ne pas répondre pour faire rager son professeur… Je crois qu’il n’y a pas meilleur enseignant que celui qui se rappelle ses erreurs, et qui accueille avec bienveillance les lacunes et l’ignorance.

Cette bienveillance, elle est piétinée par les casseurs de ces vitrines. Réduite en miettes par l’argument suivant : il n’y a pas le temps de converser, des animaux meurent pendant ce temps.

Non violence

L’argument de ces casseurs et que l’on retrouve souvent, c’est que la violence infligée à ces bouchers n’est rien en comparaison de la violence infligée aux animaux.

C’est là que je choisis de me mettre tout le monde à dos, les bouchers ayant de toute façon déjà décidé de stopper leur lecture. Je ne crois pas que hiérarchiser la violence soit une solution. Je ne crois pas que la violence soit une solution tout court.

Je discutais de tout cela avec mon compagnon récemment et, comme beaucoup, la rage au ventre devant l’ignorance et le déni, il me disait que la violence était parfois la seule solution pour faire entendre raison. David est doux comme un agneau, il n’a jamais fait de mal à personne, ni verbalement, ni physiquement. Mais ce sujet, parce qu’il touche à la souffrance de tant d’êtres sensibles qui n’ont rien demandé, est, on en a déjà parlé, source de rage et d’impuissance. Rage et impuissance, deux beaux berceaux pour faire naître la violence.

J’ai alors commencé à parler de non-violence, à parler de ce beau principe d’Ahimsa qui résonne fort en moi. Que la violence ne résoudra jamais aucun conflit. Et que la violence pour une cause qui nous paraît juste, c’est de la violence quand même. Que faire du mal à ceux qui n’ont pas les mêmes croyances que nous n’a jamais planté la bonne graine. Jamais.

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Alors il m’a parlé des moines tibétains qui s’étaient fait massacrer par les troupes chinoises sans lever le petit doigt, parce qu’ils avaient fait le vœu de ne jamais violenter personne. Qui faisaient par conséquent une croix sur leur vie, leur culture et leur philosophie basée sur l’amour de l’autre, simplement pour ne pas répondre à la violence par la violence. Alors, vous vous en doutez, j’ai pleuré. Parce que contrairement à tout ce que j’ai pu lire et entendre, moi je ne crois qu’en une chose pour assainir les pratiques et l’esprit des hommes : l’amour inconditionnel.

Ça peut prêter au sourire, pourtant ces hommes le font : ils aiment jusqu’au bout leurs bourreaux. Je crois que déloger la violence par la violence, ce n’est que la repousser pour qu’elle resurgisse ailleurs et sur autre chose. Je crois que le vrai problème dans tout ça, c’est la violence elle-même, c’est le manque d’Ahimsa. Je crois que si on commençait par là, par traiter le problème à la source, on pourrait aller loin. Car si personne ne peut s’accorder sur ses croyances, ses dieux, ses convictions, il me semble que l’amour inconditionnel parle à tout le monde. Et je crois que c’est en ce sens qu’il faut éduquer les gens.

Mais, par pitié, ne prenez pas les armes. Ou devrais-je dire, ne prenez pas leur arme.

*** Céline ***

 

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4 commentaires sur “Ahimsa : non-violence et véganisme

  1. Je suis tellement d’accord avec toi, tous Le monde pense que les veganes sont violents et dangereux… alors que si on ne souhaite pas de souffrance aux animaux on n’en souhaite pas plus aux êtres humains. Comme tu dis la violence appelle à la violence et on ne fais que la nourrire et la faire grandir. Je comprends d’un côté leurs actions, d’un autre côté ce qui me dérange c’est que les médias ne parlent que d’eux (qui sont parfois même méprisant envers nous les veganes non activites). Super article en tout cas 💛

  2. Tu as un réel talent pour mettre les mots juste sur des sujets sensibles. Je partage ton point de vue sur le sujet. Peu importe le sujet, au lieu de juger et violenter ceux qui ne partagent pas nos opinions, nous devrions discuter, échanger et partager nos connaissances respectives. Nous ne naissons pas avec des valeurs (pas les mêmes en tout cas), nous les développons au fur et à mesure de nos expériences et découvertes. Chacun les développent de manière différente. Alors pourquoi pas les aider à y voir plus clair sur un sujet qui nous tient à coeur plutôt que de les juger et les violenter ?
    Merci beaucoup pour cet article Céline.
    A bientôt,

  3. J’ai appris un nouveau mot 😁 merci

    Je partage ton avis sur la bienveillance et la non-violence 😉 mais je ne sais pas si c’est le mieux pour avancer…. l’avenir nous le dira

  4. Je suis d’accord la violence n’est pas une solution. Je suis une non-violente. Mais que penser des actes de la Résistance sous l’occupation ? A certains moments, ne l’a-ton pas pensé comme légitime ? Alors peut-être que la guerre apporte un autre contexte…
    Cela dit, je fais une différence entre la violence contre des installations et celle contre des hommes, qui croient bien faire et qui pensent être dans leur droit…
    Je trouve que cela est bien regrettable quand même et je ne pense pas que la violence serve la cause.

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