Bilan lecture #6

bilan lecture

Mon dernier bilan lecture remonte à un petit moment maintenant, la preuve que j’ai quelque peu délaissé la lecture ces temps-ci… Ca me désole un peu parce que l’idée de mourir en étant passée à côté d’un chef d’œuvre littéraire m’a toujours un peu angoissée. Angoisse vouée à ne jamais disparaître, je le sais bien, puisqu’il sort de nouveaux trésors chaque année et que je suis une lectrice assez lente, bien que passionnée. On a abîmé la planète en produisant et en consommant comme des affamés, c’est vrai, mais on ne pourra pas nous enlever toute la poésie et les jolis récits couchés sur le papier.

À ce propos, mon bilan lecture cette fois-ci est truffé de superbes découvertes, de plumes à l’expression rare et poétique. Ce qui rassemble ces lectures, c’est la réalité crue, belle et terrible. Le thème des Fleurs du mal de Baudelaire m’a toujours fascinée, et la plupart de ces récits en sont indubitablement imprégnés. Une ombre au tableau cela dit : le livre de Léna Situations qui défraye la chronique et qui ne me laissera pas un souvenir impérissable…

La vie parfaite

Silvia Avallone

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Tout commence à l’hôpital de Bologne. Adèle, dix-huit ans, n’accepte de recevoir personne alors qu’elle accouche d’une enfant qu’elle décide de confier à l’adoption. Son enfant, elle souhaite qu’elle grandisse du bon côté de la ville, pas dans la cour des immeubles du quartier Labriola, pas du côté des loosers. Là où Adèle vit, dans les appartements Lombriconi, règnent la délinquance et la misère, mais surtout la certitude qu’il est impossible de s’enfuir. « Born to lose », c’est ce qu’il y avait écrit sur le T-shirt que portait toujours Manuel, la petite frappe qui l’a mise enceinte avant de disparaître. Dora et Fabio, installés du bon côté de la ville, s’écorchent dans leurs démarches de procréation assistée. Le tableau est saisissant et se dessine sous nos yeux, tissant des liens entre les personnages et leurs destins qui semblaient pourtant ne jamais pouvoir se recouper. Une superbe fresque sociale, au pinceau très fin et dans la nuance avec, au centre et comme principal point de fuite, l’enfant qu’Adèle porte dans son ventre.

♥  Mon avis : Silvia Avallone manie les mots de telle façon qu’ils se frayent aisément un chemin pour toucher là où il faut. Plusieurs fois, j’ai fondu en larmes, parfois à gros sanglots. J’ai relevé la tête souvent, aussi, pour mieux arrêter l’instant et le vivre. C’est incisif, ça fait mal. Mais c’est beau, tellement beau. Une semaine après avoir refermé le livre, je pense encore aux personnages.

Je les ai tant aimés, tous autant qu’ils sont. Avec leurs mille nuances, leurs failles et leur superbe. Cette richesse des personnages, c’est peut-être ce qui m’a le plus plu. Ça, et la structure du récit si singulière, qui part d’un point sur la toile et dessine ensuite autour pour le contextualiser et que tout fasse sens une fois le tableau terminé. Quelle virtuosité !

Terriblement réaliste, très dur parfois, tendre beaucoup. La vie parfaite est un roman sur la parentalité, sur la jeunesse sacrifiée des banlieues défavorisées, sur l’herbe qui n’est jamais plus verte ailleurs. Sur l’ensemble de ces vies qui cohabitent dans une tour HLM et que l’on ne peut pas résumer avec des termes génériques, parce qu’elles sont toutes bien trop précieuses. L’herbe verte et luisante qui se fraye un chemin vers la lumière dans les lézardes du béton, la beauté dans ce qu’il y a de plus laid. Du sublime dans ce qui est cassé. J’admire la subtilité de ces histoires entremêlées, et j’ai hâte de découvrir D’acier, le premier roman de Sylvia Avallone dont vous m’avez beaucoup parlé !

Ma note : 5/5

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De pierre et d’os

Bérengère Cournuts

La-vie-parfaite

Nous sommes aux confins du monde, quelque part sur la banquise. La jeune Uksuralik se retrouve séparée de sa famille alors que la glace se rompt et part à la dérive. Il lui faut subsister dans ce monde hostile où la place de l’Homo sapiens n’est pas évidente, vaincre les rigueurs du froid et de la faim, et devenir une femme.

♥  Mon avis : J’aurais très envie de dire qu’il s’agit d’un conte. Un conte dur et froid, comme la banquise. Il y a quelque chose du voyage initiatique, aussi – la banquise se rompt alors qu’Uksuralik découvre qu’elle a ses règles.

L’atmosphère y est à la fois cotonneuse et violente, fortement imprégnée des croyances de la culture inuit. On baigne dans les chants qui rythment la vie, on s’enquiert des esprits du lieu, on remercie les bêtes que l’on tue. Bérengère Cournut a fait un travail formidable de recherche et de retranscription. À n’en pas douter, nous y sommes. Il fait froid, le feu crépite, la chaleur animale qui se dégage de la tente en peaux de bêtes nous enivre.

Le récit volontairement naïf et brut rajoute à tout cela une touche de « sauvage ». Sur la banquise, on ne fait pas de manières, il n’y a pas la place pour cela. Pas de manières non, mais de la poésie oui ! Elle se dégage du non-dit et de l’humilité, elle s’impose au travers de la banalité de ces gens qui survivent à l’impossible, de leurs chants et de leurs croyances.

C’est une lecture surprenante, un peu OVNI. Une petite pépite, pour ceux qui aiment les atmosphères glacées et tortueuses.

Ma note : 4/5

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Une année à la campagne

Sue Hubbell

année à la campagne

Sue Hubbell et son mari décident de changer de vie, de renouer avec quelque chose de plus serein et de plus ancré. Ils achètent plus de trente hectares de terrain dans les monts Ozarks, une région reculée des Etats-Unis, avec le rêve commun d’en faire une ferme aux abeilles. Ils se séparent, mais Sue conserve la ferme. Elle devient « la Dame aux abeilles » pour le voisinage, et cultive son indépendance et sa force au fil des ans et des travaux de la ferme. Passionnée de biologie et de nature au sens large, Sue écrit des petits moments de vie au gré des saisons. Chaque jour est une nouvelle aventure, l’occasion d’un nouvel émerveillement et de contemplations enthousiastes.

♥  Mon avis : Un vrai coup de cœur ! Il ne s’agit pas d’un roman, mais bel et bien des jolis mots de Sue Hubbell, posés sur le papier au rythme de la vie et des saisons. C’est immensément poétique, c’est beau de suivre ce petit bout de femme se débrouiller toute seule sur son exploitation. C’est d’autant plus beau qu’elle s’émerveille de tout ce qui l’entoure : le cri d’un animal, une fleur, la neige sur le chemin, le va-et-vient de ses abeilles. Sue Hubbell a un vrai cœur de romantique, au sens littéraire du terme. Et ce cœur parle beaucoup au mien, à celui que j’ai gardé de l’enfance, qui n’a pas oublié la magie en chaque chose.

C’est aussi un livre riche en enseignements et apprentissages sur tout un tas de sujets botaniques et biologiques. L’autrice a de vastes connaissances sur les comportements des plantes et des animaux qu’elle observe, et ses écrits sont truffés d’informations passionnantes et pointues.

C’est l’occasion de prendre un bain d’instant présent et de se prendre une douce claque d’humilité, de reprendre sa place de vivant au milieu du vivant, et de comprendre que la nature autour de nous dit de si belles choses, qu’il serait dommage de ne pas les écouter.

Ma note : 5/5

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Nouvelle mère

Cécile Doherty

nouvelle mère

Nouvelle mère est le récit d’une femme qui souhaite apporter une autre version de l’apparition d’un enfant dans la vie d’une femme. Cécile aime son enfant plus que tout au monde, elle a la chance d’avoir un compagnon très présent pour l’aider à gérer ces premiers mois, et pourtant… et pourtant, c’est dur. C’est dur de s’effacer pour répondre aux besoins de son bébé, de s’oublier pendant si longtemps, de sacrifier des activités qui nous épanouissaient et nous faisaient grandir, et jusqu’à ses heures de sommeil. Et puis il y a les douleurs physiques, la relation avec son conjoint qui évolue, cette fatigue qui brouille tout. Personne n’avait dit à Cécile que ce moment si merveilleux pourrait se passer de la sorte. Alors elle a pris son courage à deux mains et a ouvert grand les portes de son intimité pour dire « eh regardez, ça peut aussi être vécu comme cela, ce n’est pas moins normal, ce n’est pas plus égoïste ou immature, et je crois que cette vision de l’histoire mérite aussi d’être entendue ».

♥  Mon avis : Je suis Cécile sur Instagram depuis quelques années maintenant. Elle est de ces comptes précieux qui répandent de la beauté en toute chose et qui manient les mots avec beaucoup de grâce.

Je crois que son témoignage est nécessaire et participe au discours féministe, il brise les tabous qui emprisonnent la mère dans un carcan. Il fait sauter les définitions de la « bonne mère ». Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises mères, il n’y a que des femmes qui font ce qu’elles peuvent. Il m’a semblé que c’était un message nouveau, quelque chose que je n’avais encore jamais entendu, pas de manière aussi crue et sincère en tout cas. Cette forme de déchéance qu’elle a vécue après l’accouchement, d’autres l’auront sûrement vécu et le vivront encore. Mais, parce que « souffrir », « s’oublier », « laisser les meilleurs morceaux aux enfants » ou « s’épanouir dans son nouveau rôle de mère », semblent être des obligations sociales, les mots de Cécile et des autres ne sont jamais entendus.

Je ne suis pas maman, mais je crois que ce témoignage gagne à être entendu de tous, comme tout autre discours qui dirait « Ne me dites pas comment je dois penser ! ».

Ma note : 5/5

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+=+

Léna Mahfouf

Toujours-plus

Du haut de ses 23 ans, Léna Mahfouf, alias Léna Situations, est aujourd’hui l’une des femmes les plus influentes de la sphère Youtube. Toujours enthousiaste et souriante, généreuse à souhait, elle répète souvent que « le positif attire le positif ». Son slogan est né : +=+ ! Elle signe un livre qu’elle range dans la catégorie « Développement personnel ». En se servant de son expérience et de sa propre histoire, elle tire des leçons et des conseils de vie : croire en ses rêves, s’affirmer tel que l’on est et se soustraire au regard des autres, orienter ses choix pour atteindre ses objectifs, etc.

♥  Mon avis : Je suis tellement, mais tellement navrée, de mettre la plus petite note au livre de Léna ! Je suis époustouflée et très inspirée par ces montages vidéo et sa créativité sur Youtube, par le vent de fraîcheur et de sincérité qu’elle a insufflé à cette plateforme sur laquelle j’évolue moi aussi. Par les messages qu’elle véhicule sur l’acceptation de l’autre avec ses différences. Par sa simplicité et sa générosité qui expliquent que tout le monde, moi comprise, tombe sous son charme…. Mais !

Mais le livre ne m’était pas adressé. Il s’adresse selon moi davantage à un public plus jeune, peut-être entre 12 et 18 ans, au moment de la construction du « soi ». Léna ne m’a rien appris, mais je crois qu’elle n’en avait tout simplement pas la prétention. Sa plume n’est pas non plus suffisamment intéressante pour avoir rendu la lecture tout de même agréable. Je pense toutefois que son livre peut être impactant pour le public visé, il est plein de good vibes et des conseils de la grande sœur ou du grand frère que l’on n’a pas toujours.

Ma note : 1/5

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Des orties et des hommes

Paula Pigani

des orties et des hommes

Pia raconte son enfance et les années qui passent dans ce petit hameau de Charente où ses parents sont venus s’installer pour produire du lait et cultiver la terre après avoir quitté l’Italie. À côté de l’école, il y a la rigueur du travail à la ferme auquel toute la famille participe, les cris et le désordre d’une famille nombreuse, les soucis en pagaille et l’emprunt au Crédit Agricole, la misère joyeuse et les airs fredonnés. L’œil de Pia s’affine avec les années, elle perçoit des réalités dont elle n’avait pas conscience avant. Son terrain de jeu d’antan est en fait une terre soumise à la sécheresse, et désertée de tous. Y a-t-il un avenir pour les mauvaises herbes, pour ces orties aux mille ressources qu’on laisse pousser en marge des chemins ?

♥  Mon avis : Mon dieu que c’était beau. Et triste, et dur. Le constat douloureux et impuissant d’une jeune fille sur le marasme de ses parents et la vie qu’ils ont choisie. Sur les difficultés du monde paysan et l’épuisement des petits villages. Sur ceux que l’on laisse en marge, à l’image de Joël, le garçon bossu dont elle semble être la seule à percevoir la beauté.

Les orties, c’est mon interprétation, ce sont ces laissés-pour-compte, ces parias, ces immigrés, ces paysans qui défendent leurs terres et qui s’épuisent, ces petits vieux que l’on oublie derrière leurs volets clos. Ils vivent en marge des chemins et des villes, on évite de s’y frotter, au pire on les déracine. On oublie qu’ils sont riches et de bien des façons.

Le schéma narratif n’a pas de bouleversement, pas d’événement perturbateur vraiment marquant. C’est lent et lourd, comme s’il s’agissait du journal intime de Pia, brut et sans grandiose, comme souvent va la vie. Pia grandit au fil des pages, nous emmène sans à-coups de l’insouciance légère à l’amertume. La plume de Paola Pigani est très imagée et poétique, d’une sensibilité rare. Il lui suffit de quelques mots pour exprimer mille idées et pour toucher au plus juste. Quelle découverte !

Ma note : 5/5

Alors, quels sont vos derniers coups de cœur livresques ? Que lisez-vous en ce moment ?

*** Céline ***

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3 commentaires sur “Bilan lecture #6

  1. Bonjour Céline et merci pour ces recommandations, j’en ai noté qui pourraient m’interesser.
    J’ai 3 livres que j’ai eu pendant les fêtes et qui m’ont beaucoup plus:
    -tout le bleu du ciel de M da costa qui raconte les derniers mois d’émile,jeune adulte qui souvaite passer ses derniers mois de vie sur la route, en camping car,accompagnée par Joanne qui a répondu à son annonce.
    – la melancolie du kangourou de laure manel qui commence par une histoire tragique et qui s’embelit au fur et à mesure. Il y est question de résilience.
    – dans un autre style j’ai beaucoup aimé la bd la recomposition des mondes de alessandro pignocchi qui parle de la zad et de sa réalité,bien loin de ce que les médias ont raconté. Le tome 1 de petit traité d écologie sauvage du même auteur m’a aussi bien plu:si nos politiques mettaient en place les princeptes de populationsd’indiens d’amazonie,tout serait bien différent!
    Et mes livres préférés:
    -bonne nuit mr tom que je trouve magnifique autant pour le style d ecriture que pour l’histoire racontée
    – ps i love you qui mêle rires et larmes(par contre je n ai pas aimé la suite dans laquelle je n’ai pas retrouvé le style du premier roman)
    – les derniers jours de rabbit hayes qui m’a fait pleuré et rires à la fois et qui parle d’un sujet difficile avec une belle plume.
    -la couleur des sentiments qui est trés bien écrit aussi.
    J’ai lu le livre Les déliés dont j’ai beaucoup entendu parlé. J’ai beaucoup aimé les descriptions des paysages mais je n’ai pas compris ni accroché avec l’histoire tout comme dans un autre style le On ne sauvera pas le monde avec des pailles en bambou dont je ne garderai finalement aucun princepte ni souvenir.Je ne sais pas si j’ai réussi à te donner envie d’en lire et les goûts en matière de livre notamment sont propres à chacun mais au moins j’aurai partagé ce qui,pour moi, sont des livres pépites que je relis régulièrement sans me lasser.

  2. Qu’ils semblent beaux et puissants tous ces livres… J’avoue que le premier est celui qui me tente le plus ! Mon gros coup de coeur lu en 2020 est : Les oubliés du dimanche, de Valérie Perrin. Sublime et poétique, je pense que tu aimerais beaucoup la douceur de la plume…
    J’ai relu « Le coeur des flammes » de Nicholas Evans, un livre qui date de 1999 et qui n’a pas pris une ride ! Cet auteur a un talent incroyable. A lire et relire ! 🙂

  3. Merci pour ton partage de lecture, je viens de noter 3 dans ma liste d’envies de lecture. J’ai enchainé deux livres qui m’ont bouleversé et par le plus grand des hasards, ils traitent plus ou moins d’un même sujet : la libération de la femme des carcans familiaux et religieux. Le premier c’est La Perle et la Coquille de Nadia Hashimi. Il s’agit de l’histoire de femmes en Afghanistan vivant sous l’emprise des hommes et qui vont doucement s’émanciper. Ce livre m’a ému, il m’a aussi beaucoup secoué car même si on connait le sort des femmes dans ce pays, je n’imaginais pas à quel point on cherchait à les soumettre.
    Le deuxième livre c’est Bénie soit Sixtine de Maylis Adhémar, on quitte le fanatisme religieux de l’Afghanistan pour l’intégrisme de la religion catholique à travers l’histoire de Sixtine qui vit sous l’emprise de son mari, des us et coutumes de sa famille et qui à la suite d’un évènement tragique va prendre son envol. Dans ces deux bouquins, les femmes sont à première vue soumises, fragiles mais elles vont révéler une magnifique force de caractère. C’est deux lectures m’ont marquées et quelques jours après les avoir terminées, je pense encore beaucoup aux personnages.

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