Ego, pour qui te prends-tu ?

ego is the enemy

Lorsque j’ai commencé Ego is the Enemy de Ryan Holiday (que je vous présentais ici), je ne savais pas tellement à quoi m’attendre. Ni vraiment quoi chercher. Je pouvais concevoir qu’un trop plein d’ego puisse nuire. J’avais même sûrement déjà utilisé l’expression « celui-là mon vieux, il a un ego surdimensionné ». Sûrement pour qualifier quelqu’un qui réagissait mal à une critique, ou qui ne passait plus les portes. Je connaissais l’ego en quelque sorte, j’avais déjà croisé sa route. Mais chez les autres.

Cette petite bête-là

Ce bouquin m’a permis d’identifier mon ego, et de l’observer à l’œuvre. Et ça, c’est quand même quelque chose. C’est comme après avoir lu Le pouvoir du moment présent par Eckhart Tolle : plus jamais, vous ne resterez à bouder dans votre coin pour broyer du noir. Vous êtes comme transformé. Désormais, vous avez la faculté de dézoomer l’appareil et de vous observer, de prendre du recul. Vous vous voyez, là, tout penaud, tout plein de rancœur. Et le simple fait de vous observer vous suffit à aller mieux. Ça ne sert à rien de m’enfoncer dans ma rancœur, je suis maître de mon attitude, c’est moi qui choisis. Et je choisis de passer une chouette soirée, plutôt que d’aller m’enfermer dans une autre pièce. Ça marche à tous les coups.

C’est pareil pour l’ego. Figurez-vous que je ne m’étais jamais vraiment intéressée à cette petite bête-là. Je connaissais bien cette sensation désagréable au niveau du sternum dans les grands moments de ridicule, de honte, ou de déception. Je connaissais bien aussi ce sentiment de ne pas être à la hauteur, d’être nulle, pas assez bonne ou moins bonne. Bien aussi ce sentiment de confiance ou de supériorité vis-à-vis d’autrui un peu moins avouable. Je n’avais simplement pas réalisé que ces phénomènes étaient tous reliés à la petite bête (qui monte, qui monte, qui monte). À l’ego, cet être qui s’exprime en moi et qui fait rarement du bien.

L’identifier pour mieux l’apprivoiser

Cette petite bête, impossible de s’en débarrasser. Ce qu’il est possible de faire, c’est un travail constant et quotidien pour apprendre à s’en détacher. L’observer vivre est le premier travail pour comprendre son fonctionnement et quand elle se manifeste. Une fois qu’on sait l’identifier, il est aisé de l’écarter. Mais l’ego est sans relâche. Il faut sans cesse, et pour toujours, lui rappeler qui est le patron. Non mais pour qui elle se prend celle-là ?

Ego is the Enemy n’existe pas encore en français. Je pense pourtant que chacun devrait pouvoir observer les manifestations de son ego pour mieux l’apprivoiser et, ainsi, se faciliter la vie considérablement. À tous ceux qui n’auraient pas la chance, le temps ou l’envie de lire Ryan Holiday, je vous propose trois axes de réflexion permettant de dessiner en pointillés les contours de votre petite bête.

Une réputation du feu de Dieu

C’est possiblement ce travers de l’ego qui me donne le plus de fil à retordre. C’est ce qui vous pousse à agir selon les autres en vous laissant de côté. L’ego se fiche de savoir si votre travail vous plaît, si vous avez fait les études qui vous intéressaient ou si vous fréquentez les personnes qui vous font du bien. Ce qu’il veut, lui, c’est que vous soyez bien vu, que les gens soient fiers de vous. Que vous ayez une réputation du feu de Dieu. L’ego fait en sorte de vous mener là où vous plairez le plus, au détriment de la personne que vous êtes. Si vous n’êtes pas conscient du petit manège de votre ego qui vous mène à la baguette, vous vous retrouverez très vite à quarante ans à vous demander pourquoi votre vie ne vous ressemble pas. Car depuis le début, c’est l’ego qui tient le gouvernail et vous êtes ligoté et bâillonné au fond de la cale (qui prend l’eau) !

Plaire a toujours été important pour moi. Me conformer à la bienséance, dire ce qu’on avait envie de m’entendre dire, être bonne élève, polie et bien élevée, pas un mot de trop ni de travers. Une sorte de recherche de la perfection du point de vue de celui qui me regarde. Pas de bol, celui qui me regarde a plusieurs visages et différentes versions de la perfection. Ses attentes sont différentes. S’ensuit alors une sorte de schizophrénie qui pousse à adopter des comportements contradictoires, à laisser dire ce qui nous met hors de nous, à faire ce qu’on n’aurait pas envie de faire. On se perd un peu.

Libre à chacun de préférer la réputation à l’épanouissement du soi. Après tout, chacun fait bien ce qu’il veut ! L’important est de choisir en conscience. Le « moi » n’est en fait pas du tout ligoté au fond de la cale, il est juste en train de pioncer comme un bienheureux en laissant Captain Ego mener la barque. Il faut le réveiller, l’épousseter un peu, le conduire sur le pont et… en avant !

La réussite selon l’ego

Notre ego se donne également beaucoup de mal pour que nous ne nous reposions jamais sur nos lauriers. Grâce à lui, nous ne sommes jamais vraiment satisfaits de notre condition et lorgnons sans arrêt sur celle du voisin qui, à n’en pas douter, est bien plus enviable. Cette boulimie de réussite et de succès nous conduit irrémédiablement à l’éloignement progressif de ce que nous étions venu chercher. Gravir les échelons sociaux n’est qu’une occasion de croiser le chemin d’autres qui, socialement parlant, ont davantage réussi. Une occasion de plus de se sentir insignifiant, nul, raté. Qu’on se sente bien là où on est, l’ego s’en fiche. Ce qu’il veut c’est que l’on soit mieux que tout le monde, the best. Laisser l’ego nous guider c’est donc faire la course sans relâche avec autrui. Mais tous ces gens courent-ils vraiment pour la même chose ? N’y a-t-il vraiment qu’une seule course qui se joue ? Et si, en fait, nous nous fatiguions en vain ?

Réussir, ne serait-ce pas plutôt être qui l’on est et faire ce que l’on veut faire du mieux possible ? Et si la réussite ne s’appréciait pas par la comparaison ?

Devenir le meilleur de ce que vous êtes capable de devenir, n’est-ce pas cela la réussite ?

L’ego et la fierté mal placée

À l’inverse, lorsque nous sommes sous les feux des projecteurs et que nous avons socialement atteint le succès, l’ego ne manque pas non plus de nous rappeler que, si nous en sommes là aujourd’hui, c’est grâce à nos compétences exceptionnelles. Les chevilles qui enflent, la tête qui gonfle, les portes qui ne nous laissent soudainement plus passer… Tout cela est une manifestation de l’ego. Nous n’écoutons plus la critique, arrêtons d’être curieux ou de vouloir apprendre et considérons des tâches, jugées subalternes, comme n’étant plus faites pour nous. Cette fierté mal placée peut nous faire bien du tort (en plus de nous rendre méprisable), car elle nous empêche d’atteindre ce fameux « meilleur des possibles ». C’est l’histoire des petites équipes qui arrivent au top de la compétition et ne peuvent pas s’y maintenir, c’est l’histoire de ces célébrités d’un jour qui sont aussitôt oubliées, ou de ces start-ups à la croissance fulgurante qui doivent mettre la clef sous la porte.

La solution à tout cela est simple : s’asseoir face à l’océan, regarder les étoiles, contempler une chaîne de montagnes et se rendre soudain compte que nous ne sommes finalement pas grand-chose, en tout cas peut-être pas aussi grands que notre ego s’évertue à nous le susurrer. Le stress et l’affairement, les compliments ou le succès matériel sont là pour nous rappeler que nous sommes importants et qu’il faut être au centre de l’attention pour compter. Une bonne remise en perspective est alors souhaitable.

Prendre conscience de la présence de la petite bête m’a beaucoup aidée à reconsidérer mes faits et gestes. Ce qu’il faut, c’est agir pour soi, non pas sous le joug d’un dictateur avide de félicitations et de reconnaissance. Il est prêt à tout pour que vous ressembliez à ce que les autres auraient envie que vous soyiez. La réalisation du soi, ce n’est pas son dada : c’est une consécration qu’il lui faut ! Prenez donc cette loupe que je vous tends, et faites donc un petit tour à l’intérieur de vous-même. Là, tapi dans l’ombre, se cache votre ego. Et derrière lui, votre véritable vous.

Et vous, vous en avez pris conscience de votre petite bête ? Mais pour qui elle se prend celle-là ?

Céline

PS : Pour ceux qui n’auraient pas peur de l’anglais, retrouvez le bouquin ici.

ego is the enemy

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8 commentaires sur “Ego, pour qui te prends-tu ?

  1. Très sympas ton texte. Il faut apprendre à l’apprivoiser…

    1. Merci beaucoup, contente que l’article t’ait plu 🙂

  2. Un sujet qui me passionne ! L’égo , notre image sociale …c’est en effet une sale bête encombrante qu’il faut savoir éloigner pour vivre au mieux son intériorité , sa vérité , sans masque ni fard .
    L’ amour propre est plus fréquentable et permet de se respecter et de …s’aimer!

    1. Le chemin vers le respect et l’épanouissement du soi est sinueux et il faut y revenir souvent, mais ça vaut le coup. Merci beaucoup pour ton message Nelly, je suis ravie de savoir que je ne serai pas toute seule sur la route 🙂

  3. Décidément, ma liste de livres de développement personnel à lire ne fait qu’augmenter en ce moment ! Je suis justement en train de lire Le pouvoir du moment présent (enfin !). Je pense être encore beaucoup trop imprégnée par les normes de la société et trop sensible au regard des autres, mais je me dis qu’en prendre conscience maintenant, est déjà une chance énorme pour éviter de me réveiller dans 20 ans dans une vie qui n’est pas la mienne. Le chemin est long et laborieux mais tellement enrichissant à la fois 🙂 Merci pour cette découverte !

    1. Travailler sur soi est un travail de longue haleine, je crois qu’on n’en aura jamais vraiment terminé. C’est effectivement une chance d’ouvrir les yeux maintenant et de pouvoir te diriger dans la bonne direction (et en pleine conscience !). Le pouvoir du moment présent m’a permis de réaliser beaucoup de choses, mais si je peux me permettre d’en rajouter un à ta pile : Les quatre accords toltèques, de Don Miguel Ruiz !! Ce bouquin est selon moi fondamental, et tout le monde gagnerait à l’avoir lu ! Je te le recommande chaudement !

  4. La lecture de « Le pouvoir du moment présent » par Eckhart Tolle a représenté, pour ma part, une grande prise de conscience de l’importance d’être heureux ici et maintenant. Par la suite, j’ai essayé de travailler à découvrir « qui je suis » vraiment ainsi que ce qui est important pour moi. À cette occasion, j’ai pu effectivement constater qu’il est vain d’essayer de plaire aux autres. C’est par la méditation régulière que je parviens à trouver un équilibre où l’ego, me semble-t-il, a peu de place. Mais il est vrai que c’est un travail de chaque instant où il convient d’explorer son « moi profond » et les valeurs qui y sont associées.
    Pour ce qui est de ce livre, je crains que mon niveau en anglais ne me permette pas tout de suite de le lire. j’apprécie donc particulièrement d’en avoir une présentation dans ce blog. Merci !

    1. La méditation a tellement de vertus qu’on aurait tort de s’en priver ! Elle permet de se rattacher à l’instant et, c’est vrai, de se détacher de l’ego que l’on fait taire. Je ne suis pas assez assidue, et il faudrait que j’arrive à instaurer une routine où elle aurait toute sa place !

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