J’ai co-créé une robe éthique

cocreation mode ethique

Je crois que j’ai toujours un peu rêvé secrètement de travailler sur une co-création avec une marque comme Cam&Line. La co-création était d’ailleurs l’un de mes objectifs ambitieux pour 2020, griffonné à côté d’autres sur une page restée libre dans mon agenda. Je crois que c’était en mars, nous étions encore perdus, insouciants, sur la petite île de Koh Chang en Thaïlande. J’étais face à l’océan, assise en tailleur sous une alcôve drapée où nous nous installions souvent avec David. J’étais sûrement tombée sur quelqu’un qui venait de vanter les mérites de poser sur le papier des intentions ambitieuses pour soi-même. Et sans savoir vraiment pourquoi, guidée par la volonté de voir grand et d’expérimenter de nouvelles choses, j’ai écrit « co-création ».

Je n’avais pas d’idées en tête, rien à visualiser. Et pour cause, Cam&Line n’existait pas même encore !

Le coup de foudre

Camille et Caroline ont lancé la première collection de Cam&Line à l’été 2020, un poil trop tard pour que la mayonnaise prenne et qu’elles puissent réellement lui donner une chance. Des retards fournisseurs, le manque d’expérience d’une première collection peut-être, la frustration de ne pas pouvoir la défendre. C’est là qu’elles m’écrivent. Nous sommes début juillet.

Je suis assise sur le lit d’une petite maison que nous avons louée pour un mois dans les Landes. La journée touche à sa fin. J’ai travaillé toute la journée sur l’écriture de mon livre. Mon dressing heureux s’écrit page après page. D’ici peu de temps, nous nous élançons pour près de 1500 km à vélo le long de la Vélodyssée. J’ouvre leur email.

C’est le coup de foudre. C’est la première fois qu’une marque de mode éthique correspond autant à ce que j’aime en termes de style. Et puis elle n’est pas parfaite, notamment dans le choix des matières, mais parfaitement transparente. Camille et Caroline savent qu’il faut bien commencer quelque part, mais qu’un autre modèle de la mode est possible. Qu’il est possible de produire en France tout en réduisant son impact écologique au maximum.

L’éthique & le style

Mais les valeurs et la démarche, ça ne suffit pas. Quand on parle de mode, il faut aussi du style, une touche particulière. Et c’est souvent ce qui manque chez les petites marques éthiques, ce petit plus pourtant indispensable : les années d’étude en stylisme ! Ce qui permet de concevoir une coupe, un tombé singulier, de bien choisir ses matières.

Ça tombe bien, Camille et Caroline sont toutes les deux stylistes. Caroline se charge même de la confection d’une grande partie des collections ! Je crois que c’est ce qui explique mon coup de foudre, le fait que je les ai attendues longtemps : il y a une âme derrière chaque collection, un vrai savoir-faire, une patte, une certaine harmonie qui me parle.

J’aime tout, chez Cam&Line. Le style, la démarche, les humaines derrière.

Une co-création avec vous

Alors, évidemment, quand, en décembre 2020, elles m’écrivent pour discuter avec moi d’une potentielle co-création pour la future collection Printemps/Été, je n’hésite pas bien longtemps !

Je n’ai pas les années d’étude en stylisme, ni l’expérience et le savoir-faire nécessaires pour créer une marque de mode, mais je suis extrêmement curieuse et honorée de pouvoir accéder aux coulisses et à des problématiques généralement masquées au consommateur. Je suis heureuse, aussi, d’associer mon nom à leur travail. Et puis de travailler de concert avec vous. Oui, vous !

Vous qui me lisez en ce moment, et peut-être déjà depuis longtemps. Vous qui m’accordez l’incroyable privilège de votre temps pour me lire ou m’écouter. Qui m’apportez chaque jour un soutien que je ne saurais traduire en mots. Vous dont je lis tous les messages depuis presque 4 ans. Vous qui, indéniablement, avez convaincu Cam&Line de m’écrire pour co-créer un vêtement.

Nous voulions vous proposer de participer à l’élaboration de la robe Ruth avec nous. Alors après avoir travaillé sur une coupe et des imprimés qui nous plaisaient, je vous les ai soumis sur Instagram…

Vous étiez plus de 5000 à voter et à me donner votre avis ! Et vous y alliez de vos petits commentaires, « moi je préfèrerais comme ci », « moi je préfèrerais comme ça ». J’ai tout noté ! Et la semaine suivante, je racontais tout à Camille et Caroline :

  • Elles ne veulent pas de basque,
  • Plutôt des manches qui tombent un peu sur l’épaule,
  • Il faut pouvoir la porter sans soutien-gorge,
  • Pas trop longue, ça va à moins de monde

Une robe pour tou·te·s

J’avais dès le départ dans l’idée de créer une robe qui pourrait convenir au plus de morphologies possible. Cam&Line propose d’ordinaire ses collections du 34 au 46, et c’est déjà un sacré effort pour une petite marque de mode (cf. notre live par ici), mais je souhaitais aller plus loin pour notre co-création.

Je leur ai donc soumis l’idée des précommandes, qui permettent d’attendre de connaître les besoins avant de concevoir les modèles. Il se trouve que Camille et Caroline avaient déjà cette idée derrière la tête elles aussi ! Ce fonctionnement permet ainsi aux grandes ou aux petites tailles de se positionner, sans que Cam&Line n’ait à prendre le risque de devoir développer et produire toutes les tailles.

Les précommandes représentent un coût supplémentaire à supporter pour la marque, car l’atelier de confection facture davantage. Malgré cela, et parce que vous avez été très nombreux à vous positionner favorablement à une précommande pour permettre une inclusivité plus grande, Camille et Caroline ont accepté de se lancer ! C’est donc une première pour elles, une sorte de test !

Il faudra 3 semaines à l’atelier, situé non loin de Bordeaux, pour confectionner les robes précommandées. Elles seront donc disponibles mi-mai, pile poil pour les beaux jours ! Pour découvrir la robe Ruth, c’est par ici !

C’est encore une fois en remontant les idées de certains d’entre vous que j’ai soumis celle d’un shooting photo avec différents mannequins de différentes morphologies ! Camille et Caroline avaient déjà l’idée d’un shooting collaboratif et inclusif depuis plusieurs mois, alors c’était l’occasion rêvée ! Une idée géniale, je trouve, pour que tout le monde puisse s’identifier et imaginer le rendu de la robe sur soi ! Probablement que d’autres s’en inspireront ! En communiquant avec les marques, vous faites indéniablement avancer les choses, soyez en sûr·e·s !

La robe Ruth

Ce qui me plaît chez elle, par-dessus tout, c’est son incroyable couleur ! Un corail hyper lumineux qui relève le teint de beaucoup d’entre nous !

Ce tissu, c’est simple, il a été filé, tissé et teint en France selon un processus entièrement labellisé GOTS. Sa confection est ensuite réalisée dans un petit atelier près de Bordeaux. Ruth est composée à 100 % de coton bio (issu de Tanzanie, du Bénin et/ou d’Inde). Et cette magnifique teinture, labellisée GOTS elle aussi, a été composée spécialement pour Cam&Line !

Elle a un tombé très élégant qui lui permet de jouer à la fois le rôle de robe de grandes occasions, pour un mariage par exemple, et de petite robe légère pour les beaux jours. Elle est caméléon, élégante mais confortable. Un brin sérieuse, assurément joyeuse.

Le prix et la rémunération collégiale

Si j’ai voulu que Ruth puisse être portée par le plus de morphologies possibles, j’ai conscience qu’elle ne pourra cependant pas être achetée par tout le monde. Son prix, évidemment, la rend inaccessible à certain·e·s.

Pourtant, je vous le promets, son prix est justement fixé ! Vous vous en doutez, ça coûte cher de réaliser toutes les étapes de fabrication de la robe en France, du filage du coton jusqu’à sa confection, avec un coton bio et une teinture certifiés GOTS. On n’a pas fait dans le chipotage : Ruth, c’est le top du top !

Décomposition de son prix :

Le prix juste

Il y a différentes choses à retenir de cette décomposition du prix.

La première, c’est que la fabrication du tissu (filage, tissage, teinture), l’élaboration des patrons, et la confection représentent 42 % du prix final, c’est à dire près de 71 €. Voilà le coût du made in France. Ca veut dire que sans rémunérer personne, sans conserver un seul centime pour l’entreprise qui pourrait l’aider à grandir ou simplement à payer des frais annexes, la robe pourrait être vendue à 85 € TTC. Pas moins.

La deuxième chose à retenir, c’est que le coefficient de marge appliqué en moyenne dans la mode est de 2,5. Ça veut dire que pour fixer le prix, les marques multiplient le coût de revient des vêtements par 2,5. Ici, le coût de revient est de 71 €, ce qui ferait un prix de vente à près de 177 € HT, soit 212 € TTC ! Pour celles et ceux qui ne seraient pas encore allés faire un tour sur les précommandes, la robe Ruth vaut 169 €.

Pour fixer un prix juste, Cam&Line a choisi de réduire ce coefficient de marge à 1,9. La marge est ce qui permet à une entreprise de rémunérer les créateurs, de choisir des matières plus écologiques, de proposer davantage de tailles, de recruter des personnes, etc. Si l’on déduit ma rémunération, le coefficient de marge sur la robe Ruth tombe même à 1,6.

Ma rémunération

J’ai souhaité proposer à Cam&Line de me rémunérer de la façon la plus juste pour elles. C’est une marque dont j’aime beaucoup la démarche et le style, et j’apprécie beaucoup Camille et Caroline personnellement, alors j’avais envie de proposer quelque chose d’un peu nouveau, de faire une sorte d’expérience…

D’ordinaire, la rémunération d’un créateur de contenu pour une co-création tourne autour de 25 % du prix HT du vêtement. On signe alors un contrat au début de la collaboration, pour protéger le travail du créateur et de la marque.

Pour avoir une petite expérience des difficultés des marques de mode éthique, je me disais que 25 % c’était peut-être beaucoup. M’est alors venue l’idée un peu folle, basée sur la confiance et l’envie de voir ce que cela pourrait donner, de proposer aux filles de fixer ma rémunération en fonction de la marge qu’elles réussiraient à tirer. Je trouvais ce fonctionnement juste, comme un partage équitable des revenus de la robe que nous allions créer ensemble.

Je n’ai finalement su le montant de ma rémunération, près de 15 € par robe, tenez-vous bien, que le jour même de la sortie des précommandes ! Il a fallu attendre le dernier moment pour avoir le coût de revient final, et que Cam&Line puisse me proposer une rémunération juste pour nous deux. Je gagne donc 9 % du prix TTC, ou 11 % du prix HT. On est loin des 25 % et pourtant, il s’agit déjà d’un véritable effort de la part de Cam&Line.

J’attire ici votre attention sur les codes promo qui sont parfois offerts par les marques de mode. Si Camille et Caroline m’ont proposé 11 %, c’est qu’elles ne pouvaient pas faire davantage ! Retenez donc bien que si une marque propose un code promo supérieur à 10 % — allez, 15 % — c’est peut-être que le prix n’est pas justement fixé à la base…

Voilà pour la petite histoire de la robe Ruth ! J’espère qu’elle vous plaira autant qu’à moi, et que sa jolie couleur si lumineuse vous accompagnera pour de belles aventures, pour cet été et pendant encore bien des années ! J’ai hâte de la voir portée sur vous 🙂

PS : Je mesure 1,65 m et je porte une taille 34 !

*** Céline ***

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3 commentaires sur “J’ai co-créé une robe éthique

  1. C’est un bonheur de lire des articles si riches, transparents et avec du sens. Un véritable exemple à suivre que j’essaie d’appliquer chaque jour ! BRAVO. 🎈

  2. Merci Céline pour ta transparence, comme toujours, et pour tout ce que tu nous apprends. C’est un beau projet qui te ressemble 😉

  3. Quel beau projet et quelle jolie robe ! C’est très intéressant de nous ouvrir la porte des étapes de la création et la décomposition du prix.
    J’apporterais juste une petite nuance à ton dernier paragraphe, la marge des marques dépend aussi de leur(s) mode(s) de distribution : si elles passent à la fois en direct et par des revendeurs, leur marge propre est à mon sens forcément plus élevée, et elles peuvent par conséquent parfois se permettre des promos un peu plus importantes.
    Encore merci pour ton travail toujours éclairé et de grande qualité <3

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